L’homme ne cesse de repousser ses horizons.  Après avoir conquis les Amériques et la Lune, il se tourne maintenant l’Arctique, terre aride, déjà explorée, mais jusqu’à aujourd’hui sans aucune valeur.  Le Canada, la Russie, les États-Unis, le Danemark et la Norvège mènent actuellement une chaude lutte scientifique et juridique, dans l’espoir de prouver sans doute raisonnable que le Nord leur appartient.  Le pays à la feuille d’érable, qui possède toutes les îles limitrophes au sud du cercle polaire tente d’imposer sa souveraineté sur les eaux environnantes intra-insulaires. 

Bien qu’il ne réclame actuellement aucun tarif pour le passage dans ses eaux, il exige que la présence des bateaux soit révélée pour éviter des incidents diplomatiques et écologiques.  De plus, le Canada impose ses lois sur ces eaux, manœuvre que plusieurs décrivent comme illégales.  C’est le résultat, d’actions gouvernementales entreprises dans les années 1980, alors que l’on a redessiné les lignes de base, définie comme la frontière maritime d’un territoire donné.  À partir 200 milles marins de la ligne de base, on se trouve dans le pays auquel elle appartient, bien que les lois nationales ne soient plus en vigueur.  Ce n’est en effet, qu’à 24 milles de la côte que les lois prennent tous leurs sens.

Source :  Ministère des Pêches et Océans du Canada

Selon Mme Lalonde, professeur à la faculté de droit à l’Université de Montréal, si le système de ligne de base que le gouvernement Mulroney a adopté, bien que maintes fois contesté, n’a toujours pas été remis en cause devant la justice, c’est qu’il répond au critère du droit maritime international.  Ainsi, fort de l’appui australien, le Canada ne reculera sans doute pas sur la question, il restera crampé dans sa position.  De plus, les Inuits lui fournissent un excellent prétexte, puisque ce peuple tient à garantir sa souveraineté sur ces eaux qui ont déjà représenté sa seule source d’alimentation.  La menace terroriste plane toujours, ce qui fait dire à plusieurs de nos dirigeants qu’un contrôle accru sur ce nouveau canal est de mise.  L’oncle Sam se retrouverait effectivement en très mauvaise posture si des bâtiments ennemis franchisaient naviguaient librement à quelques milles nautiques de l’Alaska.  En outre, les corridors aériens seraient aussi libres d’accès, ce qui amplifierait la menace.

Plus profond et beaucoup plus large que le canal de Panama, le corridor du Nord-Ouest est en mesure d’accueillir les plus récents superpétroliers, ce qui éviterait pour plusieurs le détour jusqu’à tout récemment obligé vers l’Argentine.  Bien que la glace en Arctique fonde à une vitesse impressionnante, cet endroit restera, et pour longtemps, un des plus froids que nous connaissions sur cette planète.  D’immenses blocs de glace continueront à flotter, à la dérive, menaçant les navires de commerce vieux et rouillés.  Le gouvernement n’ose même pas imaginer les dommages écologiques qui suivraient le naufrage d’un superpétrolier.  Des milliers de kilomètres de côtes seraient alors souillés d’or noir, ce qui serait très dommageable pour les espèces nautiques uniques qui habitent cet endroit sur une base annuelle.  De plus, on craint pour les baleines, qui suivent un mouvement migratoire bien précis, et qui pourraient être perturbées par l’arriver massive de navires de commerce. Heureusement, les compagnies d’assurances se montrent pour l’instant très frileuses, lorsque vient le temps de couvrir quelconques bateaux empruntant cette route.  Les multinationales y réfléchiront peut-être à deux fois avant de s’aventurer dans ces eaux périlleuses.

Mme Lalonde estime que les mesures promissent dans le dernier discours du trône, prononcé par la gouverneure générale Michael Jean, n’aideront pas de manière tangible le Canada à assurer sa souveraineté sur ses eaux au Nord.  La professeure croit que la simple présence d’un hélicoptère, conjuguée à l’installation d’une base militaire sur nos côtes peut assurer notre droit de regard quant aux passages commerciaux sur notre territoire.  Du même souffle, elle nous avertit que si aucune mesure n’est prise rapidement, nous perdrons notre légitimité sur l’Arctique et, du coup, notre domination sur le territoire.  Pour l’instant, tous les transits officiels ont été opérés à l’aide du Canada, mais on sait aussi que plusieurs clandestins ont franchit cette route, parcourant parfois de bonnes distances avec d’être appréhendés.

Il ne fait maintenant plus aucun doute que les réserves énergétiques libérées par l’homme seront source de conflits et de tensions entre les grandes puissances nordiques.  Tout un paradoxe, lorsque l’on pense que c’est en maltraitant notre planète que celle-ci nous lègue un cadeau d’une valeur inestimable, que les écologistes qualifient toutefois de bombe à retardement. Après la conquête de l’espace, voici celle du Nord.  D’éminents scientifiques, à coup de milliards se livreront bataille sur ce terrain très glissant.  Reste à savoir si ce nouveau pipeline ne mènera pas à la destruction d’écosystèmes essentiels à la vie, et qui, pour l’instant, ne repose que sur peu.

Par: Jérôme Baril et Florent Pepin-Proulx