décembre
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Je suis actuellement à préparer une analyse assez exhaustive d'un sondage sur les blogues que j'ai fait remplir à mes élèves le 20 décembre dernier. Le rapport complet sera blogué ici dès qu'il sera disponible. En attendant, je désire vous soumettre le texte de l'introduction afin de recevoir vos commentaires et vos suggestions. Il résume très bien l'état de ma pensée sur l'éducation et les technologies.
I. Introduction
« It is now anybody with access to a 1500 $ computer who can take sounds and images
from the culture around us and use it to say things differently. These tools of creativity
have become tools of speech : it is a literacy for this generation. This is how our kids
speak. It is how our kids think. It is what your kids are as they increasingly understand
the digital technologies and their relationship to themselves. »
- Larry Lessig, 2007
Bien qu’ils ébranlent considérablement les dogmes de l’éducation traditionnelle, les propos de Lessig semblent tout à fait justes : à l’heure actuelle, 93 % des Américains âgés entre 12 et 17 utilisent régulièrement Internet. De ce nombre, 64 % créent des contenus nouveaux sur Internet, que ce soit en tenant un blogue, en diffusant des productions personnelles ou en utilisant des ressources disponibles sur Internet pour créer des contenus nouveaux à partir de ceux-ci. La progression du nombre d’adolescents créant des contenus originaux a de quoi frapper. Parmi ceux qui utilisent couramment Internet :
- 39 % d’entre eux (comparativement à 33 % en 2004) partagent en ligne leurs propres créations : œuvres d’art, photos, histoires ou vidéos ;
- 33 % d’entre eux (32 % en 2004) créent des sites Web ou des blogues pour d’autres, pour des groupes auxquels ils appartiennent ou pour des amis ;
- 28 % d’entre eux (19 % en 2004) ont créé leur propre blogue ou journal en ligne ;
- 27 % d’entre eux (22 % en 2004) gèrent leur propre site Web ;
- 26 % d’entre eux (19 % en 2004) intègrent et réorganisent le contenu trouvé en ligne dans leurs propres créations originales.
Cette myriade de statistiques illustre de multiples façons une inéluctable réalité : alors que nous utilisons les technologies pour transmettre des contenus de façon statique, nos enfants les utilisent pour créer des contenus et, surtout, pour réinvestir des contenus déjà existants au sein d’une finalité personnelle et complètement nouvelle. Il est particulièrement fascinant de constater que cette culture de création perpétuelle échappe complètement aux circuits officiels et, plus grave encore, à la majorité des écoles. Un clivage spectaculaire se pointe à l’horizon : alors que les jeunes utilisent naturellement les technologies à des fins créatives, les enseignants transmettent des connaissances en faisant fi du potentiel de créativité de ces mêmes technologies. Pourtant, il apparaît évident que la génération des « digital natives », telle que définie par Prensky, est kinesthésique, multi-tâches et naturellement compétente avec les technologies. Il faut garder à l’esprit que les Nord-Américains qui ont 14 ans en 2007 n’ont jamais connu le monde sans Internet et que cet état de fait colore entièrement leur conception du monde : ils pensent, vivent, agissent et créent en réseau.
De ces réflexions sommaires découle un constat évident : les méthodes d’apprentissage doivent se transformer pour tenir compte de la dynamique d’apprentissage des jeunes d’aujourd’hui. Les wikis, les blogues et les sites de réseautage (Facebook, Myspace) et de partage (Flickr, Youtube) ont, intrinsèquement, un formidable potentiel de coconstruction de connaissances. Pourquoi ne pas les utiliser à des fins éducatives, alors? Bon nombre d’enseignants possèdent un site Web ou partagent des documents sur Internet, mais ils le font selon les principes du Web d’avant les années 2000, c’est-à-dire comme des médias traditionnels, où un producteur de contenus possède et contrôle une plateforme de diffusion de ce même contenu. Dans un tel système, qui est d’ailleurs le modèle auquel les sociétés occidentales ont été habituées depuis toujours, le rapport au savoir se fait exclusivement « du haut vers le bas », du prêcheur vers les disciples, du curé vers ses ouailles, du patron vers ses employés, du rédacteur en chef vers les lecteurs… et de l’enseignant vers ses élèves. Or, ce qu’on appelle le Web 2.0 fait éclater les cadres traditionnels du contrôle de l’image et de la pensée, et c’est sans doute précisément pourquoi il fait peur à tant de gens : il permet à tous, quelles que soient leurs compétences technologiques, de construire, de produire, de parler, de diffuser, de dénoncer, etc. Plus révolutionnaire encore, le Web 2.0 pemet de coconstruire, de coproduire, de coparler, de codiffuser, de codénoncer…
Quelques-uns, dont la bravoure et la clairvoyance sont d’ailleurs à souligner, ont fait le pari du Web 2.0 dans l’apprentissage : pour ces pionniers, les blogues et les wikis, par exemple, permettent de coconstruire, de coapprendre, de coréfléchir, de collaborer, de coréagir et, pourquoi pas, de faire de la cométacognition! Nous sommes ici bien loin du Web hiérarchisé « de haut en bas », un peu à la sauce 1984 de George Orwell, comme le sont parfois les médias traditionnels.
C’est précisément dans cette optique que les blogues du PROTIC 3e secondaire, qui sont au cœur du présent document, ont été lancés en septembre 2007. L’équipe du PROTIC a fait le pari que les blogues, avec la panoplie d’usages scolaires et personnels qu’ils autorisent, permettraient à un groupe d’élèves de 14 et 15 de devenir une réelle communauté de pratique qui se construit autour d’un outil commun ayant de multiples fonctions. Les blogues permettent de réseauter les élèves : ils donnent à la communauté un accès facile et instantané aux productions de tous les membres du groupe. Le terme « productions » est ici entendu au sens large : pour que le blogage soit un contexte d’apprentissage authentique, son utilisation doit se rapprocher le plus possible de l’utilisation « naturelle » que les élèves en font lorsqu’ils ne sont pas à l’école. Nous avons fait le pari de doter chaque élève d’un blogue qu’il peut entièrement configurer en supposant que cela ferait émerger un partage des connaissances, des émotions, des expériences et des savoirs, et que ce partage mènerait peu à peu à une bonification progressive de l’intelligence collective de la communauté.
Notons enfin que l’utilisation des blogues laisse une beaucoup plus grande place à la créativité des élèves. Dans un monde où la conception de l’intelligence est constamment remise en question, les blogues permettent aux élèves de construire leur compréhension du monde de façon personnelle et collective à la fois. Les propos de Ken Robinson, mentionnés ci-après, ne sauraient mieux résumer notre pensée à ce sujet : « Nous devons radicalement repenser notre conception de l’intelligence. Nous savons trois choses sur l’intelligence. Premièrement, elle est diversifiée. Nous concevons le monde en fonction de toutes les manières que nous avons d’y accéder : nous pensons de façon visuelle, sonore, kinesthétique, abstraite, cinétique. Deuxièmement, l’intelligence est dynamique. Si l’on observe l’interaction propre au cerveau humain […], l’intelligence est formidablement interactive. Le cerveau n’est pas divisé en sections compartimentées […], ce qui ouvre la porte à la créativité. Troisièmement, l’intelligence est distincte. [Certaines gens] ne peuvent s’asseoir correctement : ils doivent bouger pour penser. [Trop souvent], on leur donne une médication quelconque en leur disant de se calmer. »
Il est évidemment beaucoup trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit du blogage tel que nous l’avons vécu de septembre à décembre 2007 au programme PROTIC. L’étude que vous lirez dans les pages suivantes laisse toutefois entrevoir beaucoup plus de positif que de négatif : les élèves apprécient les blogues et leur reconnaissent un potentiel d’apprentissage très fort. Plus intéressant encore, les élèves savent parfaitement que tout cela n’est qu’un début et qu’ils n’exploitent encore qu’une bien infime partie des possibilités qu’offrent les blogues et le Web 2.0 en général. Laissons les élèves nous montrer la voie vers une utilisation novatrice des technologies de demain : c’est leur langage, après tout.
Martin B.
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