Khadir : je déchante déjà

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Le 8 décembre en soirée, Amir Khadir fut élu premier député solidaire de l'histoire du Québec. J'avais le sentiment qu'une petite - mais ô combien symbolique! - page d'histoire venait de s'écrire. J'en étais presque à rêver au jour où un subtil (!) redécoupage de la carte électorale ferait passer la circonscription de Mercier par mon somptueux 4 1/2.

Le 20 décembre, le rêve est fini. La lune de miel fait place à ma plume de fiel. Out, Khadir! Douze petits jours entre un état de félicité éthérée et un désenchantement profond, c'est un nouveau record mondial. Même Jean Charest n'a pas réussi cet exploit. C'est tout dire. Et la cause en est toute simple.

Dans un geste d'éclat aussi inexplicable qu'inattendu, Amir Khadir s'est pris pour un journaliste irakien en lançant son soulier sur une photographie de George Bush (source). Explication savante du Dr Khadir : "Les trois quarts de l'humanité devraient lancer leurs souliers à la face de Bush". 

Le plan de match de Khadir a du bon : si Bush prenait neuf millards de souliers en pleine gueule, l'industrie de la chaussure n'aurait pas besoin d'un plan de relance de 700 milliards de dollars.

OK, j'arrête l'ironie. Jasons sérieusement.

En fait, ce qui m'agace au plus haut point avec ce fait divers, c'est que cet après-midi-là, Opération nez rouge cherchait des bénévoles, les banques alimentaires avaient des milliers de paniers à remplir et des centaines d'itinérants se gelaient les roubignoles dans les rues de Montréal. Nombre de bonnes causes n'attendaient que le concours et l'implication d'un homme intelligent et articulé comme M. Khadir. Or, celui-ci a jugé qu'il était plus important, "solidaire" et porteur de progrès social de lancer un soulier contre un édifice que de s'impliquer dans n'importe quelle cause humanitaire. Pour le jugement, on repassera.

C'est tellement puéril que je ne puis résister à l'envie de faire la morale au vrai chef maintenant qu'il est élu et que Françoise David ne l'est pas porte-parole de Québec solidaire. Il m'arrive parfois de monter en chaire et de clamer la "vérité" haut et fort, ex cathedra, en coupant court à toute requête. Monsieur Khadir, attachez bien vos souliers, j'arrive avec mes gros sabots (et pardonnez-moi ce très douteux jeu de mots).

Militer pour un Québec plus juste et plus solidaire, M. Khadir, ça va plus loin que rouvrir l'usine de GM de Boisbriand pour la transformer en chaîne de montage de Westfalias psychédéliques. C'est plus exigeant que faire pousser des plants de pot dans le canon des fusils. Ça peut se faire autrement qu'en distribuant En lutte au cégep du Vieux-Montréal. C'est plus complexe que tuer les riches pour les donner à manger aux pauvres. Ça implique que les projets novateurs et complexes que vous proposez doivent être étoffés, documentés, crédibles; cela est éminemment plus complexe que de crier "So, so, so, solidarité" en brandissant une pancarte "À ba$ le capitali$me!" fabriquée avec le bois équitable (logo "Fair Trade Certified" à l'appui) d'une coopérative vaguement péruvienne.

Tout ça, c'est bien. C'est mièvre, plein de candeur, cute à mort, louable et noble. Mais c'est peu. Si on s'en contente, c'est du militantisme. Si on va plus loin, c'est de l'action politique. C'est pour agir politiquement qu'on vous a élu, M. Khadir, et non pour jouer les cégépiens en colère.

C'est pourtant simple à comprendre : poser des questions et faire des gestes ayant une portée positive, c'est de l'action politique. Élire un président porteur de changement, c'est de l'action politique. Tenter par des moyens concrets et utiles de renverser le régime totalitaire nord-coréen ou la censure politique chinoise, c'est de l'action politique. Lancer un soulier sur la photo d'un président, c'est du militantisme estudiantin maladroit. C.Q.F.D.

Si vous voulez militer, des centaines de groupes de pression se feront un plaisir de considérer le curriculum vitae d'un homme de votre calibre, M. Khadir. Si vous voulez faire de la politique, il faudra agir tôt ou tard comme une grande personne. Personnellement, la dernière fois que j'ai lancé mes souliers, j'étais assis dans une chaise haute et je réclamais une seconde portion de dessert. Si ça n'a pas fonctionné pour un dessert, - merci, maman, d'avoir une telle poigne de fer - je doute que cela ait quelque impact sur le président des États-Unis d'Amérique...

Saisissez-vous le message, Monsieur le député? Me fais-je bien comprendre?

Peu importe : je ne voterai plus jamais pour vous et vos congénères, M. Khadir. Mon vote de gauche, ce n'est ni pas un vote ni par un projectile à semelle que je l'exprimerai : c'est par chaque petit geste quotidien posé de façon gratuite et désintéressée.  

Et pour accomplir cette besogne aussi urgente qu'essentielle, mieux vaut garder ses souliers.
 
 

Khadir élu : j'ai gagné mes élections !

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Le moment est historique : j'ai gagné mes élections!

Non, je n'ai pas voté libéral, mais j'ai gagné quand même : Amir Khadir, homme dont j'admire le travail acharné et la grande intégrité, vient d'être élu le premier député de l'histoire de Québec solidaire.

Fidèle à lui-même, Khadir a eu la victoire à la fois humble et exubérante. D'ailleurs, l'ambiance de la foule n'était pas sans rappeler l'exaltation de la victoire historique du Parti Québécois en 1976, bien que la portée historique de l'élection de Khadir soit, avouons-le, beaucoup moins grande. Les Solidaires sont peu nombreux, mais leur conviction est d'une fraîcheur impressionnante.

Dieu que je suis content pour Khadir ! Cet individu est beau, au sens noble et profond du terme. J'ai envie de croire au beau rêve de solidarité qu'il propose. Grâce aux électeurs de Mercier, je dormirai heureux et satisfait ce soir. Bon mandat, M. Khadir !

Rire de la politique... et de soi-même

Tranches de vie Rétroliens (0) Commenter   

Bonjour,

C'est avec un immense plaisir que je publie cette savoureuse parodie de pancarte péquiste créée par François, un de mes anciens élèves maintenant en 5e secondaire. Après tout, il faut bien rire de soi-même un peu... ;-)

 Québec gagnant avec Martin

"In God they trust"

À découvrir Rétroliens (0) Commenter   
Voici un petit poème tristounet pondu sans trop réfléchir...
 
 
in God they trust

à cinq cents milles de nouyorke
l’horizon est poussif
instinctivement

grugés jusqu’à l’os
les rêves
 
comment faire autrement
entre le true-north-strong-and-free
et le that-our-flag-was-still-there

entre l’orgiaque
l’oubliable
et le reste 
ils ont renversé Allende
embargoté Castro
inféodé le reste

and once again 
in God they trust
bien que le statut de la liberté
ne soit plus qu’une figure de style
 
Martin Bélanger
2 décembre 2008 
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